août 2026
Eté 2026 : Les vertus de l’échec
Bonjour mes ami.e.s, me voici au milieu de l’été. J’ai tardé à vous écrire parce que lorsque cette saison chaude a commencé, je n’étais pas d’humeur à raconter. En général, on me reconnaît une bonne dose d’enthousiasme et de détermination, mais là, j’ai eu un sérieux coup de mou.
La bonne nouvelle, c’est que tout est en mouvement en permanence : il y a quelques jours, la courbe de mon moral s’est inversée, je foisonne d’idées, et la rentrée qui se prépare me met en joie. Je vais vous raconter ce qui m’est arrivé. Peut-être y verrez-vous en écho ce que vous traversez. Si c’est le cas, j’espère que mon témoignage sans détour contribuera à ce que vous vous sentiez moins seul.e.
La vie du domaine
Le domaine a été le merveilleux cadre de mon processus. A chaque instant, la nature généreuse du Moulin Partage m’a soutenue. Avec son énergie puissante et douce à la fois, elle me murmurait: « Ne t’inquiète pas, tout va bien ». Je suis souvent allée me rafraîchir et me ressourcer sous les arbres près de la rivière, dans un endroit que j’ai sommairement aménagé. Avec quelques guirlandes lumineuses et un fauteuil confortable, ce petit spot est devenu mon refuge.
La nature distribue sa magie, gratuitement. Alors quand vous avez un coup de mou, faites une pause et allez à son contact, regardez les fleurs, rapprochez-vous des arbres. Ils n’attendent rien de vous, ils sont là, toujours prêts à vous envelopper. Avec un peu d’attention, vous constaterez que vous êtes accueilli(e), que vous pouvez vous détendre. Les oiseaux vous berceront de leur chants, les insectes vous offriront leur danse. Vous pourrez vous émerveiller, ça fait tellement de bien.
Et peut-être aurez-vous la surprise d’une compagnie inattendue, comme celle qu’Anita a immortalisée avec cette photo:

« La solitude n’est pas l’absence de compagnie, mais le moment où notre âme est libre de converser avec nous et de nous aider à décider de nos vies ». – Paul Coelho
Les événements au Moulin Partage
Pour le moment, j’ai décidé de ne plus communiquer sur les événements qui se déroulent ici. Tout ce qui n’est pas strictement privé me fait courir un risque de sanctions, risque que je n’ai pas envie de prendre.
Pour le moment, je peux simplement vous dire que des groupes d’amis et des familles se succèdent ici dans le cadre de l’activité d' »hébergement de tourisme« . J’ai toujours beaucoup de joie à les accueillir et à prendre soin d’eux : en étant discrète quand ils sont entre eux, et en me mettant en lien quand ils me sollicitent. Je garde le souvenir précieux d’une belle rencontre avec une jeune fille ici, il y a quelques jours. Je la voyais régulièrement se promener ou se poser seule, loin de la maison où sa famille se rassemblait. Elle est venue me voir à la porte de mon moulin, et nous avons commencé à parler. Elle trouvait le lieu magique, féérique. Ce cadre correspondait à son besoin régulier de se mettre dans sa bulle. Une bulle en lien avec la nature. Comme je la comprenais ! Nous nous sommes retrouvées à plusieurs reprises pendant son séjour ici. Je ne sais pas pour elle, mais pour moi, cette rencontre a créé un lien qui me fait chaud au coeur chaque fois que j’y pense. C’est toute la magie du lien : même quand vous êtes découragé.e, il suffit parfois d’un échange pour éclairer votre journée toute entière.

Les vertus de l’échec
C’est le titre d’un livre du philosophe Charles Pépin que je reprends à mon compte. Je l’ai découvert de manière tout à fait inattendue. Comme il m’a fait du bien. Je vous encourage vivement à le lire.
Venons-en à ce qui s’est passé ici ces derniers mois. En septembre dernier, le Moulin Partage entrait pleinement dans sa vocation : les célébrations joyeuses, le partage et la transmission, la valorisation des talents. Il y a eu des mariages, des ateliers, des cours, un concert. Autant d’occasions de se rencontrer et de partager des moments joyeux. Le mois suivant, j’ai reçu un courrier recommandé de la mairie m’informant que ces activités étaient réservées aux Etablissements habilités à Recevoir du Public (ERP). Sous peine d’amende, je devais soit arrêter ces activités, soit mettre la maison et le domaine en conformité avec une règlementation contraignante et pas toujours claire, ce qui se traduisait par de nouveaux travaux et des contrôles réguliers. J’avais pourtant été me présenter à la mairie quand j’étais arrivée ici 5 ans auparavant, et j’avais expliqué mon projet. Personne ne m’avait alertée sur ces points. Quand le courrier est arrivé, je suis allée à la mairie pour échanger et comprendre. La notion administrative de « public » diffère sensiblement d’une commune à l’autre, j’avais eu l’occasion de le constater en discutant avec mon réseau de gardiennes de lieux. Ici, et au moins pour ce qui me concerne, j’ai découvert que la notion de « public » est particulièrement contraignante, et qu’il n’est possible ni de réévaluer, ni de discuter.
C’est mon projet qui était mis en échec dans son essence même : je suis venue au Moulin du Garff pour expérimenter une nouvelle façon de se rencontrer et de partager, en créant des liens d’amitié, chez moi. Je suis en lien avec les personnes qui viennent ici. Je les accueille comme à la maison, tout en fixant un cadre explicite. Je ne veux pas être assimilée à un lieu public où on vient anonymement pour consommer, et je ne veux pas en subir les contraintes.
Je me suis alors sentie bien seule, même si je suis entourée de personnes que j’apprécie. Pourquoi ne m’a-t-on pas contactée de manière cordiale ? Pourquoi n’a-t-on pas engagé avec moi une relation de confiance ? Je me suis ensuite sentie complètement découragée : à quoi bon poursuivre cette ambitieuse aventure quand il suffit d’un courrier administratif pour remettre en cause ce qui m’anime depuis mon arrivée ? Bien sûr, le Moulin Partage peut continuer à être « hébergement de tourisme », mais il est amputé d’une bonne partie de sa moitié : le partage.
Puis est venu le temps d’un questionnement plus responsable : pourquoi ça ne marche pas comme je l’avais imaginé ? Est-ce que je ne suis pas à la hauteur ? Est-ce que je me suis trompée sur toute la ligne?
Je me retrouvais face à moi-même, au pied du mur, devant une décision à prendre : abandonner, persévérer, ou transformer.
C’était une remise en question radicale, et je n’arrivais pas à avancer. Alors j’ai décidé de faire une pause, et de passer du temps avec mes amis de longue date. Chacun d’eux m’a aidée à faire un petit pas. Ils m’ont accueillie quand j’étais découragée. Ils m’ont écoutée déverser ma colère jusqu’à la dernière goutte. Ils se sont enthousiasmés quand je me souvenais de tous les merveilleux moments de partage au Moulin. Ils m’ont encouragée quand j’ai enfin commencé à entrevoir une lumière au bout du tunnel. Je les remercie du fond du coeur et tout spécialement Virginie, Anne, Chantal, Jean-Marie, Sophie, Marine, Jean-Luc. Comme l’amitié est précieuse!
Pendant cette pause, le livre de Charles Pépin m’a aussi montré des clefs : l’échec permet d’apprendre, d’ajuster, de tester la puissance de nos envies, de nos rêves. Il peut raviver une détermination à toute épreuve ou déclencher un changement radical d’orientation. Tout est possible, c’est bien le champ des possibles qui s’ouvre à nouveau.
Au moment où je vous écris, mon enthousiasme est revenu et je prépare la rentrée avec excitation. Comme je l’exprime dans la vidéo de mon site, je me lève à nouveau avec joie chaque matin. Chaque nouvelle journée me fait faire un petit pas vers plus de clarté et de force. Je visualise de mieux en mieux ce que je vais mettre en oeuvre à la rentrée. Soyez encore un peu patient.e, ce n’est pas tout à fait prêt. Vous serez les premier.e.s à le découvrir dans la prochaine newsletter.
Je vous souhaite un bel été et surtout, prenez bien soin de vous et de ceux que vous aimez.



